La prospection archéologique aérienne en Lorraine

 

                                                                                                                        J.C. Sztuka  02/2005

                                                                       

A-    HISTORIQUE

 

C'est probablement vers 1925 qu'est née l'archéologie aérienne avec les travaux de Poidebard en Syrie. Cet aviateur avait remarqué qu'au soleil couchant des ombres portées dessinaient au sol des structures géométriques,i! venait de mettre en évidence le limes romain de cette région .II fut suivi par un autre français, Baradez qui découvrit l'organisation du limes algéro-tunisien (Dassié J.).

En France, les prospections aériennes systématiques débutent vers 1952 en Normandie, en Champagne, et à partir de 1960 elles s'intensifient et deviennent plus «scientifiques». Actuellement c'est presque tout le territoire français qui fait l'objet de prospections avec des survols périodiques.

En Lorraine, la prospection aérienne menée à l'initiative de bénévoles remonte aux années 1970. Depuis 1990 le Service Régional de l'Archéologie (SRA) de Metz a lancé un programme de prospection plus structuré, avec des objectifs définis et des zones attribuées à chacune des cinq équipes de prospecteurs comprenant un pilote (Patrick Jérome) et un photographe (J. Claude Sztuka) qui survolent la Lorraine.

 

B-    MOYENS TECHNIQUES ET MÉTHODE

 

Le survol de la région est effectué au moyen d'avions de tourisme à aile basse (DR 400) ou à aile haute (C 172) ou avec un  ULM selon les possibilités locales. L’aile basse n'est pas un handicap pour la prise de vues car elle s'efface lorsque l'avion est en virage. Le cockpit en plexiglas diminue le piqué de la photo mais il n' est toutefois pas pratique de photographier à travers un trappe latérale ouvrante quand l'avion en dispose .

 L’utilisation d’un avion Yak 52 a bien facilité la photographie car il permet l’ouverture du cockpit en vol.

Il convient de remarquer qu'il est souhaitable de voler à une vitesse assez réduite afin d'éviter le «bougé» sur la photographie et d'employer une vitesse d'obturation élevée (1/250 , 1/500° de seconde).

Les appareils photographiques utilisés sont de format 24x36 (Nikon F100) munis d'objectifs de différentes focales fixes ou variables (50, 105, 200 mm).

Les longues focales ou téléobjectifs présentent l’inconvénient d’être très sensibles aux mouvements incontrôlés (turbulences) et l’on risque d’avoir une image floue.

La sensibilité des films est fonction de l'éclairement naturel disponible ; elle varie de 100 à 400 ASA sur film diapositives exclusivement pour faciliter le classement des clichés au SRA. Quelques essais ont été faits avec le film Kodak EIR infra rouge fausses couleurs, il semblerait que le contraste soit amélioré.  Depuis un an, j’utilise en complément un appareil numérique Nikon D70.

La mise au point est réglée manuellement sur l'infini et par mesure de précaution, la bague des distances est fixée avec un adhésif.

Les vols sont effectués à une altitude variant entre 100 et 300 mètres .

Dès qu'un indice est repéré le pilote effectue un virage à 360° qui a pour but de noter quel est le secteur qui donne le meilleur contraste pour la photographie .

 

C-    LES INDICES RÉVÉLATEURS D’UN SITE ARCHÉOLOGIQUE

 

Un site présumé archéologique apparaît comme une anomalie dans une zone homogène. On va donc rechercher différents indices qui sont les suivants :

1-   Indices topographiques

Ce sont les plus faciles à observer ; il peut s’agir de haie délimitant une parcelle, de bois  ou bouquet d’arbres isolés de forme particulière, d’un parcellaire de forme inhabituelle, d’une plate-forme surélevée.

2-   Indices phytographiques (liés aux plantes)

Ce sont des anomalies de la croissance des plantes (céréales) qui se traduisent par des modifications de la taille et/ou de la couleur de la plante. A l’aplomb d’une ancienne structure excavée (maintenant comblée), les végétaux sont plus hauts et restent  verts plus longtemps(phénomène de rétention d’eau dans le sol).

A l’inverse, à l’aplomb d’un mur enfoui ( jusqu’à environ 50 cm de profondeur) on aura des plantes plus petites qui mûriront plus vite (jaunissement). On pourra ainsi parfois observer un véritable plan des habitats.

Ces phénomènes ont une durée variable de plusieurs jours à quelques semaines selon les conditions météorologiques et la nature du sol.

3-   Indices hydrographiques (relatifs à l’humidité du sol)

Ces anomalies sont visibles dans les champs labourés ou ensemencés récemment en automne ou au printemps. Elles se traduisent par des taches d’humidité qui peuvent délimiter des fossés, des enclos, des trous de poteaux.

4-   Indices pédographiques (dus à la structure du sol)

Dans ce cas, on se base sur la couleur du sol labouré. Il est possible de repérer des zones défrichées même depuis plusieurs siècles par les ronds noirs des emplacements de feux ou de meules de charbonnier. Près de habitats gallo romains, on remarque souvent une zone de sol plus foncé ou noir qui correspond aux déchets organiques et au fumier décomposés.

5-   Les microreliefs

Ils sont surtout détectés en lumière rasante, en profitant de l’ombre portée donnée par les rayons du soleil bas sur l’horizon.

Ils sont souvent visibles dans les terrains non érodés par les travaux de labour (prairies, parcs).

 

 

Il est à remarquer qu’un indice n’est pas souvent unique mais qu’ils sont fréquemment intriqués. 

 

C- POUR EN SAVOIR PLUS

Voici quelques références bibliographiques classées par ordre chronologique

qui peuvent être utiles pour compléter ses connaissances et se former à l’observation (nombreuses photos en couleur dans les ouvrages récents).   

 

         Dassié J. = Manuel d’archéologie aérienne.  Ed. Technip Paris 1978

Berton R. = La mémoire du sol. Guide et album de voyage dans le passé du Val de Seille. Presses universitaires de Nancy  1989

Lambot B. = Cartes postales aériennes de Champagne-Ardennes. 3000

         ans d’histoire vus du ciel. Soc. Archéol. Champenoise 1996

Delétang H. (dir.)  = L’archéologie aérienne en France. Le passé vu du          ciel. Ed. Errance Paris 1999

DRAC Île de France -GERSAR = Sous la terre le passé francilien. 2004

 

Sites à consulter :

Roger Agache pour le Nord  de la France : http://www.archeologie-aerienne.culture.gouv.fr

 

Jacques Dassié pour le Poitou-Charentes : www.archaero.com/archeo02.htm

 

         D- QUE PEUT-ON OBSERVER ?

 

Il est possible de retrouver des traces laissées par les hommes de toutes les époques. Voici un aperçu de nos observations depuis 1998 dans la zone qui nous était attribuée, c’est-à-dire le nord des départements de la Meuse, de la Meurthe et Moselle et une partie nord de la Moselle, au dessus de l’axe Verdun-Étain-Thionville jusqu’à la frontière.

Ce qui suit est une interprétation possible des indices observés, puisque jusqu’à présent, aucune fouille n’a été effectuée pour confirmer ces affirmations.

 

1-    Époque préhistorique (néolitique - 5000 à - 2000 ans avant JC)

Par exemple des puits d’extraction de silex, des habitats, des camps. Pour notre région, nous n’avons rien trouvé.

 

2-    Époque protohistorique (âges du bronze et du fer : - 2000 à - 52 avant JC)

Durant cette période, on a photographié des structures funéraires.

Il s’agit de tumuli de forme circulaire ou carrée ou d’enclos dont le fossé périphérique est l’indice révélateur.

 

2343 : une structure fossoyée de forme carrée d’environ 10 mètres de côté, dans un champ de blé.

 

2347 : deux structures fossoyées sub-rectangulaires, la plus grande fait environ 17 mètres de longueur et un fossé en zig-zag (flèche jaune) se raccorde sur sa largeur ; il se peut aussi que ce soit le départ de deux angles de fossés rectangulaires ou carrés imbriqués.

 

 

23 : on remarque 3 cercles  et un carré fossoyés ainsi que diverses lignes de fossés.

 

2169 : plusieurs cercles de différentes tailles dont un avec un double fossé, ainsi que des rectangles plus foncés pouvant correspondre à différentes pièces d’un habitat gallo-romain présent sur ce site.

 

31 : nombreux fossés circulaires ou sub-circulaires, ainsi que de forme carrée et pour certains à angles arrondis (double fossé)

 

 

 

 

 

3-    Époque gallo-romaine (- 52 à 476 après JC)

On observe essentiellement des traces d’habitats ruraux (petites fermes) et parfois des établissements plus importants pouvant comporter des thermes. Une rue d’une agglomération secondaire apparaît plus ou moins bien selon les années.

Il a aussi été trouvé quelques temples ou fana et un théâtre.

 

1754 : habitat rural dont les différentes pièces sont bien apparentes, il sembles exister 2 zones dallées de forme carrée

 

1085 : dans un champ d’orge, habitat avec différentes annexes

1442,1548: habitat beaucoup plus imposant ayant dû comporter des colonnes (un cylindre retrouvé dans le champ après les labours) et annexes, nombreuses pièces visibles ; un mur d’enceinte est doublé ce qui évoque une reconstruction

 

1656 : ensemble de bâtiments à proximité de temples et d’un théâtre

 GALLO ROM/AM-1656.jpeg

1895 : théâtre et maison avec abside semi-circulaire

 

1922 : bâtiments proches du théâtre

 

 

4-    Époque médiévale (476 à 1453)

Dans notre région, nous avons retrouvé très peu d’indices. Il apparaît seulement une motte féodale.

 

2123 : sur la gauche une motte castrale entourée d’un fossé rempli d’eau et vers la droite une structure trapézoïdale (plate forme) matérialisée par son fossé périphérique

 

 

5-    Temps modernes et époque contemporaine (1453 à nos jours)

Il s’agit de vestiges de châteaux ou existants encore, de fortifications de Vauban ou de la première guerre mondiale, de chapelles anciennes et abbayes, de traces des guerres de 1914-1918 et 1939-1945 et de villes ou villages caractéristiques.

 

 

6-    Les énigmes

Ce  sont des observations que l’on n’a pas encore étiquetées. Elles correspondent à des structures inhabituelles non renseignées par l’histoire locale

79 : sur cette photo en infrarouge on remarque des lignes plus claires formant un rectangle ainsi que d’autres à l’avant plan

 

1969 : cinq structures fossoyées en grappe au nord-est de la butte de Montfaucon

                 

 

7-    Les pièges ou « leurres »

Ces images sont formées par les travaux agricoles (drainage, emplacement de bottes de foin), par des traces d’animaux, par des destructions contemporaines.

 

 

TRANCHÉES

 

Voici différentes tranchées et travaux de défense de la guerre de 1914- 1918 de la région de Verdun:

2055 : au sud de Varennes en Argonne

                 

2214 : Moranville

                 

2365 : Cuisy